La collection de dessins de Victor Hugo

L’homme qui ne médite pas vit dans l’aveuglement, l’homme qui médite vit dans l’obscurité. Nous n’avons que le choix du noir. V. Hugo, William Shakespeare,
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L’homme qui ne médite pas vit dans l’aveuglement,
l’homme qui médite vit dans l’obscurité.
Nous n’avons que le choix du noir.
V. Hugo, William Shakespeare, I-5

On connait Victor Hugo pour ses livres et ses écrits mais il a aussi réalisé plus de 4000 dessins, surtout dans les années 1848-1851, une période pendant laquelle il avait décidé d’arrêter d’écrire pour se consacrer à la politique.

Il dessinait sur du papier, le plus souvent au stylo et à l’encre noire délavée, n’hésitant pas à tacher la feuille avec du charbon ou du café, à peindre avec les doigts ou à expérimenter avec d’autres techniques non traditionnelles.

On raconte qu’il essayait aussi régulièrement de dessiner de sa main gauche ou sans regarder la feuille de façon à essayer de laisser son inconscient réaliser l’oeuvre.

De son vivant il montrait rarement ses dessins en public pour ne pas qu’ils prennent le dessus sur ses oeuvres littéraires et se contentait de les offrir à ses visiteurs et à ses amis.

En dépit de l’abondance et de la variété de cette production graphique, Victor Hugo n’a jamais voulu y voir œuvre d’artiste. « Mes dessins sont un peu sauvages », disait-il, ou bien encore, « il ne s’agit là que d’un divertissement entre deux strophes ».
Jamais exposés ni vendus ses « barbouillages » restaient à l’ombre de son intimité et faisaient souvent l’objet d’étrennes pour ses proches et ses amis.
Pour nous, aujourd’hui, l’œuvre graphique de l’écrivain représente une des rares plages de liberté de ce génie protéiforme. Sans entrave et ne visant aucune postérité, il est parvenu à se laisser librement emporter par ses rêves et par ses fantasmes, poussant toujours plus loin les limites de recherches formelles ou techniques.

Victor Hugo : Vianden à travers une toile d’araignée, 1871, dessin, plume et lavis d’encre brune et violette, Maison de Victor Hugo © Maisons de Victor Hugo / Roger-Viollet

« Sans doute n’a-t-on pas mesuré, écrit Annie Le Brun, quelle puissance génératrice a chez Hugo l’obscur qui semble être l’équivalent d’une matière noire, tout aussi déterminante dans son œuvre littéraire que dans son œuvre graphique. Jusqu’à lester l’une et l’autre d’une gravité inédite qui les travaille pareillement de l’intérieur. S’ensuivent ce que j’appelle les arcs-en-ciel du noir, irradiant pour mieux la déployer une inimaginable palette de thèmes et de points de vue qui paradoxalement apparaissent à cette nouvelle lumière venue des profondeurs pour redessiner le paysage poétique, dramatique, social, politique…»

Les dessins de Hugo sont des merveilles de mystère, de profondeur et d’immensité, comme des portes ouvertes vers la face sombre de l’âme. Châteaux, rivages, personnages… sortis « du crayon, du fusain, de la sépia, du charbon, de la suie et toutes sortes de mixtures bizarres qui arrivent à rendre à peu près ce que j’ai dans l’œil et surtout dans l’esprit », écrit le poète en 1860 dans une lettre à Baudelaire. Ils sont si beaux que l’on passera sur les espaces exigus et les planchers grinçants qui gênent un peu la déambulation.

“L’avenir, fantôme aux mains vides, qui promet tout et qui n’a rien !”

Victor Hugo : Le Phare des Casquets, 1866, plume et lavis d’encre brune, Maison de Victor Hugo © Maisons de Victor Hugo / Roger-Viollet

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24 Aug, 2016
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