Rosalie Duthé

Catherine-Rosalie Gérard dite Duthé
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Catherine Rosalie Gérard dite Rosalie Duthé naquit à Versailles en 1748 où son père avait une charge au château. Elle fut baptisée quelques jours à

la paroisse Saint-Louis. Née bourgeoise, elle eut le bénéfice d’être au moins d’élevée au couvent de Saint-Aure où elle reçut une éducation soignée.

Rosalie Duthé par Claude Jean Baptiste Houin d'après le Musée Fine Arts Boston
(Attention il se pourrait que cette attribution soit fausse et que ce soit Mme Anne Rosalie Bocquet épouse Filleul, amie d'enfance de Mme Vigée Le Brun, elle même pastelliste dont on connaît surtout le tableau des enfants du comte d'Artois qui se trouve à Versailles. Mais comment le savoir avec exactitude après tant d'années !)


Elle sortit du couvent à quinze ans et fut confiée à sa tante Mme Duval, une femme très riche qui était une entremetteuse de luxe mais qui se faisait passer pour une modiste. C’est elle qui l’initia à la galanterie et qui la présenta aux deux célèbres demoiselles de Verrières, Marie et Géneviève, célèbres courtisanes du temps de Louis XV et qui étaient des anciennes maîtresses du maréchal de Saxe.

Celles-ci étaient non seulement connues pour la galanterie mais aussi pour ruiner beaucoup d’hommes qui leur prenaient en charge. Les demoiselles de Verrières prirent sous leur aile la jeune Catherine Rosalie et lui apprirent le chant, la comédie, et la galanterie et tout ce qui était nécessaire pour une jeune fille aspirant à devenir une danseuse de l’Opéra. A la Chaussée d’Antin (demeure des Verrières), Catherine Rosalie examinait de près tout ce que ses protectrices faisaient pour collectionner plusieurs amants et les égorger (ce qui signifiait qu’elles les extorquaient presque tout leur argent).

A ses dix-sept ans, frais et tendre minois rose et aux cheveux blonds, Catherine Rosalie se fit remarquer par Richard Artur Dillon, Archevêque de Narbonne qui la prit pour maîtresse et se fit son protecteur attitré. Cet archevêque lui fit encore apprendre le chant et la danse pour compléter son éducation. A peine eut-elle fini, qu’elle entre en bordel de luxe d’une certaine Mme de Saint-Étienne sous le nom de Rosalie Duthé. D’une grande beauté, elle se fit d’abord remarquer par le fermier général Hocquart de Montfermeil qui l’admit dans les chœurs d’Opéra où elle fit ses débuts sous le nom de Mademoiselle Rosalie. Rosalie menait alors une existence de plus agitées, elle prit tour à tour plusieurs amants dont le chevalier de Létorière (alors qu’elle était encore avec Montfermeil).

Douée d’une grande intelligence, Rosalie gagnait de fortes sommes d’argent de la part de ses amants et se fit aménager dans un élégant hôtel rue Saint-Pierre de Montmartre. Sa beauté séduisit aussi de nombreux gens de lettres, tels que Diderot, Gentil-Bernard, Marmontel, etc., qui la courtisèrent aussi.

En 1766, dans la fleur de ses dix-huit ans, elle eut l’honneur de déniaiser le duc de Chartres (futur Philippe Égalité) qui en a dix-neuf.
"Depuis que M. le duc de Chartres a donné son pucelage à la demoiselle Duthé dite Rozalie figurante à l'Opéra tout le monde s'empresse à lui faire la cour .... M. le duc de La Trémoille s'en est chargé, M. le comte de Durfort comme agent secret du prince en est bien traité ainsi que M. le chevalier de Clermont et jusqu'à la finance s'en mêle : M. de Blagny mardi dernier a sacrifié ving-cinq louis pour faire une passade avec elle. Cependant cela est fini avec M. le duc de Chartres".

Cette aventure lui permit de gagner beaucoup d’argent et d’amants !!! Depuis qu’on avait su qu’elle était devenue la maîtresse d’un prince de sang, tous les hommes se pressèrent de la courtiser. Ainsi on peut citer le duc de La Trémoille, le comte de Durfort, le chevalier de Clermont, M. de Blagny. Plus elle collectionnait des amants, plus elle devenait richissime. Elle se fit peindre par de La Tour, Greuze, Fragonard, Van Loo, Hall, Drouais, Lemoine, Augustin, Perrin-Salbreux et enfin Danloux.

En 1768, le roi Danemark, Christian IV, alors en visite à Paris ne put s’empêcher de rencontrer celle dont la célèbre beauté était vantée par chacun. Cette aventure lui laissa encore plus d’argent que jamais et en 1771 elle se procura d’un hôtel encore plus somptueux que le premier dans la rue Neuve Saint-Eustache, quartier des Halles. Sa vie était si volage que même le roi Louis XV avait tous les rapports de la police sur elle ainsi que sa fameuse liste d’amants qu’elle changeait comme de chemise. Peut-être est-ce pour cela qu’il ne la prit pas pour maîtresse ? Rosalie ne s’arrêtait pas d’avoir d’amants. Après son aventure avec le roi Danois, elle eut le marquis de Genlis, le comte de Matowsky, Lannus et le prince de Conti.

En 1775, elle se fit peindre par Drouais qui mit en valeur sa beauté si rayonnante. Le jeune comte d’Artois, futur Charles X et benjamin des frères de Louis XVI, remarqua le portrait de cette femme dont la beauté faisait rage dans tout Paris. Séduit, il s’empressa de courtiser la jeune dame qui finit dans son lit quelques jours plus tard. Leur liaison dura un peu plus de six mois (du 23 Juillet 1775 au 3 Février 1776). Le comte dépensa des sommes faramineuses pour conquérir sa maîtresse (il dépensa 80000 livres de bijoux et donna à son honneur une fête nocturne dite « scène pastorale semi-aquatique »). "Chaque soir, il venait la suivre dans les allées du Palais-Royal, affichant ainsi publiquement une passion qu'il aurait dû voiler par égard pour son rang." Le comte d’Artois ne se gêna pas de montrer sa nouvelle passion avec une « une fille de joie » et pour l’honorer encore plus, il venait la suivre dans les allées du Palais-Royal affichant ainsi sa passion alors qu’il était mariée à une princesse de Savoie, Marie-Thérèse, qui était fort laide et avait du poil autour de la bouche. La cour se gaussait de cette liaison et disait à haute voix : « Le prince, ayant eu une indigestion avec le gâteau de Savoie, vient prendre le thé à Paris. » Alors qu’elle était avec d’Artois, le peintre Périn fit d’elle beaucoup de portraits.

Malheureusement, d’Artois, volage, délaissa Rosalie pour d’autres aventures mais celle-ci ne se découragea pas et partit pour l’Angleterre. En 1777, elle partit pour l’Angleterre où elle eut trois autres aventures : deux milords anglais et le prince de Galles. Plus riche que jamais, elle retourna en France en 1778, et s’acheta un autre hôtel particulier situé à l’angle des rues d’Antin et de Saint-Lazare devenant voisine avec son ancien amant, Montfermeil. A cette époque, Montfermeil avait une autre maitresse, Mlle Laguerre. Alors il proposa à ces deux femmes de poser ensemble pour un peintre nommé Campana. Ainsi il avait un portrait de deux femmes qu’il avait aimées.

Vive, galante, elle fréquenta aussi des soirées libertines données par Mlle Guimard, le duc de Lauzun (qui fut son amant également) ou le duc de Chartres (devenu duc d’Orléans et son ancien amant). Elle retournera en Angleterre en 1786 avec son nouvel amant, lord Byng et là-bas elle aura un autre amant du nom de Monsieur Lee. Elle resta en Angleterre pendant six ans et ne reviendra en France qu’en 1792 alors que la révolution faisait rage. C’est vers cette époque qu’elle se fit peindre par Danloux –son peintre préféré– qui met en valeur sa beauté. Etant venue en France pour faire rayer son nom de la liste des émigrés –ce qui fut fait au mois de Décembre– elle y resta jusqu’en Janvier 1793 (date à laquelle meurt le roi de France, Louis XVI, guillotiné).

Ayant été indignée par la condamnation du roi, elle ne peut s’empêcher d’exprimer sa colère (ce qui la rendit suspecte aux yeux des révolutionnaires). Voulant sauver sa vie, elle retourna à Londres pour ne revenir qu’après la Révolution. Elle ne revint que vingt-trois ans plus tard, sous La Restauration, en 1816, et s’installa à la rue Basse du Rempart où elle tint un salon. Et là, elle recevait encore du monde comme autrefois et eut encore une foule d’admirateurs comme le prince du Sang, Henri-Louis de Bourbon-Condé.

Son plus grand admirateur et ami fut sans doute le banquier Jean-Frédéric Perregaux qui, selon une légende, se serait donné la mort dans son château de Chilly-Mazarin en contemplant son portrait peint en 1792 par Danloux. Rosalie Duthé restera à à la rue Basse du Rempart pour le restant de ses jours. Menant une vie paisible et solitaire, elle mourut le 24 Septembre 1830, riche et laissant une fortune de 600 000 Francs. Elle fut enterrée au cimetière du Père-Lachaise, et un arbre fut plante sur sa tombe selon ses dernières volontés.

Source :

Les Libertines, Plaisir et Liberté au temps des Lumières, Perrin, 1997

L'Amour à Paris sous Louis XVI, 2003

Portraits de femmes, artistes et modèles à l'époque de Marie-Antoinette, Didier Carpentier, 2006

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24 May, 2015
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